Pour l'enseignant

Quelques conseils pour survivre à ton année de PES

À toi, mon cher/ma chère collègue qui viens d’obtenir le CRPE, tout d’abord, félicitations. L’obtention de ce concours est déjà une belle réussite !

L’année de PES qui s’offre à toi va être une année intense. De mon côté, je l’ai trouvée particulièrement difficile et chronophage. Je tiens à te le dire tout de suite : elle ne sera pas à l’image des années d’enseignement qui suivront !

Tu as légitimement le droit de la trouver difficile, il y a beaucoup de choses qui ne sont pas faites pour te faciliter la tâche. La bienveillance n’est (hélas) pas toujours de mise, malgré le discours officiel.

  • On te catapulte devant une classe sans que tu aies appris à gérer un groupe d’enfants.
  • On t’en demande beaucoup (documents de préparation, différenciation, gestion de groupe…).
  • On vient, à de nombreuses reprises, te visiter en classe (même quand les personnes sont bienveillantes et aidantes, il est difficile de nier que cela reste une pression).
  • On te voit comme le/la petit(e) jeune qui débute, et la considération n’est pas toujours présente à 100%.
  • Tu dois suivre des cours et rédiger un mémoire en parallèle de tout ça.

BREF. C’est une année de warrior. Mais si tu arrives au bout, je pense que tu pourras être extrêmement fier/ère de toi. Et une nouvelle fois : les années suivantes seront beaucoup plus sereines.

Voici les conseils que j’aurais adoré recevoir à l’aube de mon année de stage. Attention, ce sont des conseils informels, d’une collègue à un/e autre et ils s’appuient sur du bon sens davantage que sur des instructions officielles.

1. Anticipe ta rentrée

  • Avant la rentrée, réfléchis à un système pour que les enfants puissent s’occuper en AUTONOMIE (tu verras que leurs rythmes de travail seront sans doute très différents). Pense à des activités différentes pour chaque période (car ça se lasse vite, ces petites bêtes-là), comme ça tu n’auras plus à penser à cela en cours d’année. N’aie pas de scrupules à proposer de « l’occupationnel », les enfants ont aussi besoin de souffler dans leur journée. Un petit truc à savoir : pense que les déplacements engendrent souvent un peu d’agitation. Commence par des activités que les enfants auront dans leur casier ou aie des exigences pour éviter trop de déplacements à la fois.
  • Pendant les vacances, tu vas avoir 2 objectifs principaux : préparer ce que tu peux à l’avance, afin de t’alléger la tâche pendant la période (un conseil, commence par ça si tu le peux) ET décompresser, te détendre à tout prix ! C’est valable pour chaque période de vacances, d’ailleurs. Tu vas avoir besoin d’énergie cette année.
  • Réfléchis à quelques affichages de classe pour la rentrée (tu en trouveras sur les blogs de PE) : frise numérique, alphabet, responsabilités, frise historique… + les affichages obligatoires. Le reste, tu le construiras avec tes élèves au fur et à mesure.
  • Si les élèves apportent des fournitures pour avoir une réserve dans la classe, pense à l’endroit où tu les mettras. Pense aussi à prévoir une réserve générale pour qu’ils puissent emprunter des fournitures en cas d’oubli ou de perte.
  • Tu vas avoir pas mal de documents administratifs à donner puis récupérer à la rentrée. Deux conseils : donne-toi un temps dans l’emploi du temps de la première journée pour t’occuper de cela (quitte à faire une petite lecture offerte si tu finis en avance), et prévois une feuille de pointage : des documents reviendront dès le lendemain !
  • Je te conseille de ne pas annoncer (dès le départ) que tu es débutant/e, aux familles et aux élèves. Les gens aiment bien coller des étiquettes et il vaut mieux éviter qu’ils te catégorisent d’emblée comme le/la débutant/e, avec toute la méfiance que cela peut engendrer chez certains.
  • Malheureusement, considère que ta formation ne t’a pas appris grand-chose du terrain. C’est cette année que tu vas réellement découvrir ton métier.

2. La gestion d’un groupe n’est pas innée, c’est un apprentissage

  • Réfléchis à tes exigences en amont (ça, par expérience, je peux te dire qu’on n’y pense pas toujours).
    • Les déplacements : quelle est la règle pour aller aux WC, pour aller jeter quelque chose à la poubelle…
    • La propreté de la salle de classe, notamment en fin de journée
    • Les chaises : tu peux leur demander de ranger leur chaise avant de sortir en récréation par exemple.
    • Le silence : À quel moment exiges-tu du silence total ? À quel moment les enfants pourront-ils chuchoter ? Sois claire dans ta tête et la règle sera claire pour les enfants. La tolérance au bruit est différente pour chaque enseignant (et chaque élève), ce sera à toi de poser les limites qui te conviennent.
    • La présentation des cahiers
    • L’entrée en classe
    • Le rang
    • Le niveau de langue de tes élèves
    • Les prises de parole dans la classe
    • Ton code de correction dans les cahiers
  • Surtout, dès que tu auras une exigence, n’y déroge pas et montre à tes élèves que tu attends qu’ils s’y conforment. En étant exigeant/e et cohérent/e (ce qui ne veut pas dire autoritaire), les élèves te feront confiance.
  • Donne-toi du temps. C’est un conseil assez général mais il ne faut pas oublier que c’est la PREMIÈRE fois que tu es devant une classe. On ne peut PAS exiger que tu sois opérationnel comme un enseignant expérimenté.

3. Ne passe pas ta vie à travailler et facilite-toi la vie

  • Appuie-toi sur des méthodes clé-en-main et reconnues. Analyse-les en amont et sois prêt/e à défendre tes choix. Honnêtement, on te dira qu’il ne faut pas le faire, mais C’EST IDÉAL pour ta santé mentale. Tu ne pourras pas tout faire cette année. Tu arriveras en classe en n’ayant parfois jamais été devant un groupe d’élèves, tu auras énormément à gérer et les méthodes te feront gagner des heures de sommeil.
  • Chaque année, tu pourras te lancer dans des préparations plus personnelles, mais dans UN (ou deux) domaine(s). Il est impossible de faire des fiches de préparation dans toutes les matières.
  • Essaye de ne pas rapporter de corrections à la maison. Corrige le midi, si tu peux, et le soir, finis les derniers cahiers. 
  • En multi-niveau, facilite-toi la vie au maximum. Fais ce que tu peux faire en commun. Ne cherche pas à TOUT différencier, c’est impossible.
  • Utilise les outils informatiques pour te faciliter la vie :
    • Programmations, emplois du temps sur les blogs de PE
  • Le cahier journal est un outil PERSONNEL : tu en fais ce que TU veux. Très détaillé, presque une fiche de prép ou très sommaire, c’est à toi de voir en fonction de ta manière de travailler. Au quotidien (en dehors des visites, j’entends), façonne-le et détaille le pour être le/la plus à l’aise possible !
  • Si tu peux, MUTUALISE avec tes camarades, tes collègues : cela te fera gagner un temps précieux. Et l’avantage est aussi de pouvoir échanger sur la manière dont la séance a fonctionné avec deux groupes-classes différents. Tu verras que cela peut se dérouler bien différemment malgré une fiche de préparation identique !
  • Pour les exercices d’entraînement, utilise beaucoup L’ARDOISE : bien moins de corrections en fin de journée.
  • Appuie-toi sur des rituels : les élèves aiment être en confiance, c’est très valorisant d’être en situation de réussite et tu gagneras du temps sur la mise en place.
  • Responsabilise tes élèves : encore une fois, ça les valorise et ça te fait gagner du temps et/ou de l’énergie

4. Relativise

  • Ne cherche pas à finir le programme. Préfère la qualité à la quantité : faire les choses plus lentement peut permettre aux enfants d’ancrer davantage les savoirs que s’ils sont survolés. Les programmations sont un IDÉAL, rarement suivies exhaustivement.
  • Rappelle-toi que tu n’es pas irremplaçable. Lors de ma première année, j’avais beaucoup de scrupules à me faire remplacer quand j’étais malade. Les enseignants brigades sont HABITUÉS. Ils gèreront, n’aie crainte. Et tu pourras te reposer pour revenir requinqué(e).
  • Ah oui. Une chose aussi. Professeur des écoles, c’est un job. Un job hyper chronophage, et qui ne rémunérera pas tes heures supplémentaires. Ne sacrifie ta santé pour aucune raison.
  • Ne te compare pas. Ni à tes camarades d’Inspe, ni à tes collègues. Chaque enseignant est différent.
  • N’hésite pas à arrêter une séance quand tu perçois que la majorité de ta classe n’est pas attentive. En général, persévérer sera contre-productif : soit tu n’énerveras, soit tu seras obligé de reprendre la séance car les enfants n’auront rien retenu. Dans ce cas-là, il est toujours plus bénéfique d’envisager un moment de pause : les faire poser leur tête sur leurs bras, les faire méditer, les faire lire pour eux un quart d’heure, les faire bouger… Quand tu reprendras ta séance, ce « sursaut » aura sans doute permis de recentrer leur attention. Et je t’assure que ce n’est pas du temps perdu !
  • Ne cherche pas à finir absolument une séance quand tu es arrivé/e à la fin de ton créneau. Tant pis, ce sera pour la prochaine séance. Les enfants ont besoin de changer d’activité régulièrement, ils seront aussi plus attentifs.
  • Les premières semaines, tu pourras t’estimer chanceux/se si tu parviens à finir ce que tu avais prévu dans la journée. Encore une fois, rien de grave ! Tu pourras terminer cela un autre jour et ce sera ça de moins à préparer !
  • On m’a toujours dit qu’il valait mieux prendre le temps de tout installer en début d’année (habitudes de travail, exigence de comportement…), ça fait « perdre » un peu de temps mais c’est ça de gagné sur la suite de l’année !

5. Prends soin de toi, de ta santé mentale et physique

  • DORS. C’est essentiel. L’année de PES va mettre ton corps à rude épreuve : prends soin de TOI. 
  • Prévois des « SAS de décompression » après l’école ou le week-end. La tentation de consacrer toute ta vie au travail va être forte et peut mener à un épuisement encore plus rapide. Oblige-toi, même quand tout n’est pas terminé (et je sais que c’est facile à dire… mais c’est vraiment mon meilleur conseil), à sortir au cinéma, aller voir des amis, faire une promenade en forêt…
  • Ne crie pas (je sais, ça aussi c’est facile à dire !!). Si je te dis ça, c’est qu’il y a des petits trucs simples qui te permettront d’économiser ta voix (et de faire du cri un réel signal de danger pour tes élèves). Pense à des gestes rituels pour revenir au calme par exemple : montre-leur par une posture, un geste de la main que tu attends qu’ils soient silencieux. Imagine des petites chansons. Utilise un instrument de musique. Provoque leur surprise et le calme reviendra très vite !

6. Sois l’enseignant/e que tu as envie d’être et prends du plaisir !

  • Nourris-toi de l’expérience pratique de tes collègues, écoute les conseils. Mais ne les applique pas TOUS. Garde ceux qui te seront réellement utiles. À vouloir être trop parfait/e, tu vas t’épuiser.
  • Rappelle-toi qu’une fois la porte de ta classe fermée, c’est TOI qui gères. Pas ton conseiller pédagogique ou ton prof d’Inspe. Ta classe, tes règles, ton fonctionnement. 
  • Transmets tes passions et centres d’intérêts à tes élèves, par le biais de projets, de moments de classe dédiés. Vous y prendrez tous beaucoup de plaisir. Essentiel, le PLAISIR.
  • Ne fais pas sauter les arts plastiques, la musique ou l’EPS systématiquement quand tu es « en retard » sur le programme de maths ou de français. Cela fera autant de bien à tes élèves qu’à toi.
  • Sois le/la plus bienveillant/e possible avec les enfants. Crois au potentiel de chacun de tes élèves. Même ceux qu’on t’a décrit comme pénibles. Essaye de trouver leur flamme, ce qui les anime. Ce sera un vrai point d’accroche avec ces élèves-là. Valorise leurs moindres petites (et grandes) réussites. Le positif entraîne le positif, tu verras.
  • Fais des blagues (même pourries) en classe : ça te fera autant de bien qu’à tes élèves et concourra au PLAISIR d’être en classe
  • Sois dans l’échange avec les familles. Pour tout enseignant qui arrive dans une nouvelle école, débutant ou non, il y a toujours une phase ou les familles te jaugent, te découvrent. N’hésite pas à échanger régulièrement de manière informelle avec les parents quand tu as l’occasion de les croiser. Cela participera à la bonne impression que tu leur inspireras, et lèvera sans doute un rempart symbolique que certaines familles ont vis-à-vis du système scolaire.

Voilà donc quelques conseils en vrac, qui je l’espère, te seront utiles.
Si, chers collègues, vous pensez à d’autres conseils qui pourraient être judicieux, n’hésitez pas à réagir en commentaire.

Je te souhaite une belle première année d’enseignement et j’espère que tu t’épanouiras dans ce métier. 🙂

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